Qu'est-ce que l'hypnose médicale, pour quelles pathologies, combien coûte une séance, quel est le cadre législatif ? Pour être sûr d’être entre de bonnes mains, nous avons interrogé Dr Jean-Marc Benhaiem, président de l’Association Française pour l'étude de l'hypnose médicale, et Dr Edwige Rigal, médecin anesthésiste orientée douleur. 

Qu'est-ce que l'hypnose médicale ?

Du grec « hypno », sommeil, l’état hypnotique est pourtant différent du sommeil : c’est un état de conscience modifiée caractérisé par une indifférence à l’extérieur. Selon l’American Psychological Association (APA)(1), il implique une attention focalisée et une sensibilité moindre à l’environnement. Il est marqué par une capacité accrue de réponse à la suggestion. En hypnoanalgésie (technique de soulagement de la douleur), l’état de conscience hypnotique amplifie les ressources internes du patient afin de faire disparaître les symptômes.

Hypnose : les composants de la douleur

Dr Edwige Rigal, médecin-anesthésiste à l’hôpital de la Croix-Rousse (Lyon) explique que beaucoup de facteurs entrent en jeu dans la façon de ressentir une douleur. « Toutes les douleurs qu’on a eues dans notre vie majorent celle d’aujourd’hui. Si j’ai fait 15 abcès dentaires, j’aurai plus mal à gérer la douleur pour le 16e, car je vais craindre que la douleur continue, ce qui amplifie ma perception. Et l’hypnose intervient sur ces dimensions. » La spécialiste détaille diverses composantes de la douleur :

  • la composante émotionnelle de la douleur : une dimension souvent négligée. En cas de rage de dents, si le même jour, on m’annonce que mon fils a eu un accident, la douleur est multipliée par 10. A l’inverse, dans l’hypnose, on joue sur l’émotion pour faire oublier la douleur.
  • la composante sensori-discriminative de la douleur : c’est le trajet anatomique de la douleur qui correspond à la description physique des douleurs ressenties
  • la composante cognitive de la douleur : liée au raisonnement, elle est le sens, la place qu’on donne à la douleur, et comment on explique ce qui nous arrive

Dr Jean-Marc Benhaiem, praticien au centre de la douleur de l'hôpital Ambroise Paré de Boulogne et président de l'AFEHM(2), temporise : « On a envie de décomposer la douleur pour la mettre dans des cases, mais on risque de cloisonner la personne. Ce qu’il faut retenir, plus que des tableaux rigides, c’est qu’en morcelant l’expérience de la douleur, on comprend mieux où se situent les difficultés car tout est imbriqué ».

La consultation pour hypnoanalgésie

En hypnose médicale, on différencie deux états :

  • l’hypnosédation, qui consiste en une hypnoanesthésie. Elle est pratiquée en bloc opératoire par des médecins-anesthésistes.
  • l’hypnoanalgésie pratiquée dans des centres hospitaliers (qu'ils s'appellent consultation de la douleur chronique, centre de traitement de la douleur, centre anti-douleur, centre d’évaluation et de traitement de la douleur) ou en cabinet par des professionnels de santé pour soulager la douleur chronique par exemple.

Hypnoanalgésie : pour quelles pathologies ?

Partant du principe que la douleur est un langage du corps, les thérapies brèves d’hypnose balayent un spectre très large de pathologies. Parmi celles-ci, on peut citer notamment des pathologies irréversibles avec séquelles importantes (amputation, paralysie), les soins palliatifs (cancer), etc. Plus que la douleur elle-même, la thérapie brève vise à réduire l’impact émotionnel de la douleur, en particulier lorsqu’il y a une dimension psychosomatique. Pour toutes ces pathologies, le principe reste le même : on cherche à ouvrir une compréhension des causes de sa souffrance et de son apaisement.

La Haute Autorité de Santé recommande l’hypnose médicale en tant que pratique efficace pour la polyarthrite rhumatoïde. Et l’Académie nationale de médecine évoque les bienfaits d’une prise en charge par cette méthode des effets secondaires de chimiothérapies.

Hypnose en groupe ou hypnose individuelle ?

Certains seront rassurés de se retrouver en groupe avec d’autres personnes pour suivre la thérapie. D’autres seront dérangés de devoir partager leur jardin secret. Quel que soit le procédé du thérapeute choisi, une première séance individuelle est très fréquente, avant d’intégrer un suivi de groupe, comme le détaille Dr Jean-Marc Benhaiem. « J’ai commencé avec un patient. Puis, j’ai élargi au groupe mais la singularité de la personne disparaissait. Je me méfie du groupe trop important qui gomme l’individu. Je préconise les petits groupes pour l’hypnose thérapeutique ».

Combien coûte une séance d'hypnose ?

L’assurance maladie rembourse entièrement les consultations d’hypnose à l’hôpital, sur ordonnance du médecin. Elle peut prendre en charge des consultations en hypnose en cabinet si la thérapie est pratiquée par un médecin conventionné dans le cadre de sa consultation. Mais tout dépend du secteur de conventionnement auquel il appartient :

  • S’il est de secteur 1 avec droit au dépassement d’honoraire, ou de secteur 2 (autorisé à appliquer des tarifs libres), le patient sera remboursé du forfait de base de l’Assurance maladie (23 €), le reste à sa charge.
  • S’il est de secteur 3 (non conventionné), il s’agit d’un dispositif sans remboursement. De même si c’est un psychologue.

Néanmoins, certaines complémentaires santé proposent des remboursements partiels ou forfaitaires.

Pour border les choses, Dr Jean-Marc Benhaiem conseille aux patients de se renseigner avant de commencer la thérapie puisque les tarifs appliqués dépendent du médecin. Mais il rassure sur l’investissement à prévoir : « Cela reste une thérapie brève de 2 ou 3 séances qui peut se prolonger de temps à autre si le patient en ressent le besoin. »

La formation d'hypnose médicale 

Pour se former à l’hypnose médicale, il existe une douzaine de diplômes universitaires non reconnus par l’Ordre des médecins en France et parmi eux, un seul diplôme officiel en Europe, le diplôme universitaire d’hypnose médicale de la Piété Salpêtrière, ainsi que de nombreuses formations associatives et privées.

Certaines formations sont réservées aux professionnels de santé (médecins, dentistes, sages-femmes) et paramédicaux dans le cadre de la formation continue et du développement professionnel continu (DPC). Cette formation devient alors un outil supplémentaire à la formation initiale.

Quel est le cadre législatif de l’hypnose en France ?

Thérapie non conventionnelle, elle est définie comme un complément plus qu’une alternative aux médecines conventionnelles. Le statut d’hypnothérapeute n’est pas réglementé. Néanmoins, la profession s’impose un cadre. Les organismes peuvent être membres de la CFHTB* (Confédération francophone d’hypnose et de thérapies brèves) - une confédération d’environ 3 000 professionnels en France, Belgique, Québec, Suisse qui regroupe notamment l’Institut Emergences et la dizaine d’instituts Milton H. Erickson de France. L’Institut Français d’hypnose, non membre, respecte le même type de positionnement, à savoir : répondre à une charte déontologique éthique.

En dehors de ces cadres, les formations ouvertes à tous, souvent rapides et sans charte, posent la question de l’éthique. Des formations labellisées hypnose thérapeutique alors qu’une thérapie menée par des non médecins est illégale. « Ce qui cause du tort à l’hypnose médicale, ce sont les autres hypnoses sans notion médicale qui s’installent en libéral ou l’hypnose de rue. Il faut être prudent car cette technique est très puissante. Les thérapeutes mal formés peuvent aggraver les choses », détaille Dr. Edwige Rigal.

Les praticiens attendent du ministère de la Santé qu’il impose un cadre légal officiel. « Il n’y a que la loi qui peut faire cesser les activités frauduleuses, estime Dr Jean-Marc Benhaiem. Or aujourd’hui, par rapport aux années 1980-90, l’intervention de l’Etat envers les exercices illégaux de la médecine est moindre, alors que les pseudo-thérapeutes n’ont jamais été aussi nombreux. A force d’être malmenée, l’hypnose médicale risque de disparaître comme au siècle dernier ». Pour aller jusqu’au bout, le docteur cite un bon exemple à ses yeux, celui d’Israël où l’hypnose n’est autorisée qu’aux médecins, dentistes, psychologues et sages-femmes, au risque de poursuite.

Comment trouver un hypnothérapeute sérieux ?

Avant de prendre rendez-vous en cabinet (hors centres de douleur hospitaliers), pour limiter le risque de manipulation et vous assurer de la fiabilité du thérapeute, vous pouvez vérifier :

  • qu’il s’agit bien d’un professionnel de santé diplômé d’Etat, « pas coiffeur, coach ou RH comme on en voit fleurir », selon Jean-Marc Benhaiem. Pour le vérifier, médicaux et paramédicaux doivent être inscrits à leur ordre professionnel, psychologues et psychothérapeutes sur une liste départementale (n°ADELI) ;
  • qu’il est habitué au traitement des douleurs chroniques. Pour cela, il faut tenir compte de l’orientation de sa formation à l’hypnose, qu’elle ait été fléchée vers la prise en charge de la douleur, non vers la prise en charge en péri-IVG par exemple ;
  • qu’il exerce dans le cadre de son métier d’origine (médecin, sage-femme, dentiste, infirmier…) afin que le rôle de son métier et ses compétences réglementées soient pertinents avec l’attente du patient ;
  • qu’il a suivi une formation d’hypnose solide (diplôme universitaire, certificat d’hypnose clinique, formation de l’Institut Emergence…) ;
  • qu’il a signé une charte de déontologie comme à la CFHTB ou qu’il appartient à l’Institut Français d’hypnose.

Concernant les organismes, ce sont essentiellement des centres de traitement de la douleur. 70 % de ces centres proposent l’hypnose aujourd’hui. Voici quelques structures spécialisées douleur chronique listées par le ministère des Solidarités et de la Santé. Il existe aussi quelques services de psychiatrie et d’addictologie.

Sinon, pour trouver un thérapeute pratiquant l'hypnose, vous pouvez vous rendre sur la page de recherche de l’AFEHM. Ils sont classés par département et la fonction médicale est précisée.

 

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En savoir plus sur l’hypnose médicale :

(1) American Psychological Association (APA)

(2) AFEHM Association Française pour l'étude de l'hypnose médicale