Quand une maladie soudaine surgit et touche le (la) chef de l’intendance domestique, l’équilibre du couple vacille... Pourtant, bouleverser les lignes et revoir ses priorités peut aussi avoir du bon !

« Lorsque la maladie impacte l’équilibre du couple, le problème n’est pas les conséquences "ménagères" mais davantage les conséquences symboliques », analyse Rodolphe Soulignac, psychologue suisse, auteur de Redevenir auteur de sa vie de couple. Selon lui, sous leurs airs superficiels, les préoccupations conjugales autour de l’argent, de l’organisation de vacances et autres sorties entre amis, sont terriblement chargées d’affect. « Il manque de mots sur l’autre dimension plus profonde. Ce qui rend le matériel important, c’est sa valeur émotionnelle et affective, qui induit la place de chacun, les sentiments des uns pour les autres ». Et si ces questions arrivent au premier plan, c’est pour « éviter les questions chaudes qui constituent des tensions fortes – "Vais-je survivre à ton départ, Notre vie rêvée est-elle morte ?"».

Une dimension qu’atteste Germaine Pomier, infirmière de formation, conseillère conjugale et familiale de profession, qui raconte : « L’un de mes patients a soutenu sa femme en burn-out. Il a pu jongler plus ou moins avec ses horaires pour gérer le foyer, mais dans le même temps, sa grande question, fruit de son incertitude, était surtout de savoir ce qui allait advenir de sa conjointe ».

La modification des rôles dans le couple ne se fait pas sans heurt © Istock

Équilibre du couple : l’importance de la répartition des tâches

La modification des rôles dans le couple peut être vécue par le conjoint dans l’incapacité comme une sorte d’« élimination de soi », analyse Soulignac. Et pour l’aidant, qui se retrouve avec une identité supplémentaire, c’est tout aussi déstabilisant. Surtout s’il la perçoit comme une usurpation, et ressent de la culpabilité.

Le récit du spécialiste montre pourtant que les choses peuvent être vues autrement : « Je me souviens d’un couple. La dame souffrait d’un cancer dont elle savait l’issue fatale et elle avait toujours été gestionnaire de la maison. Son souci a été de transmettre son savoir-faire à son mari pour ne pas qu’il se retrouve désemparé. Cette préoccupation ménagère a permis à ce couple de parler de "la vie quand je ne serai plus là ».

Continuer d’échanger avec le conjoint malade

Dans la mesure du possible, on devrait toujours demander l’avis de l’aidé pour ce qui touche à l’organisation vie de couple, d’après la conseillère conjugale. « Avec mon mari, il a fallu que je m’oblige à me dire qu’il avait encore les capacités de le faire. Nous avons trouvé un certain compromis dans la communication », se souvient-elle. L’impact de la maladie sur l’équilibre du couple peut parfois être perçu positivement, et donner l’occasion de redécouvrir l’autre et d’aborder sa vie commune avec un regard neuf. Selon Dr. Soulignac, loin de représenter une épreuve individuelle, cette expérience devrait être abordée à deux, pour que chacun y trouve sa place, à condition qu’il y ait écoute, respect et soutien de l’entourage.

Ressources

  • Rodolphe Soulignac, auteur du livre Redevenir auteur de sa vie de couple, Un outil pour aider les couples, les groupes et les professionnels. Thérapies narratives, publié en mai 2015 aux Editions Chroniques Sociales, 30 €.
  • Germaine Pomier, conseillère conjugale et familiale à Décines (Rhône-Alpes).