Réfléchies et prises au bon moment, les ruptures sont constructives : elles permettent de stabiliser les acquisitions. Décryptage.

L’intérêt des pauses dans la rééducation a été particulièrement étudié dans le cadre scolaire. François Testu, professeur de psychologie, est partisan de l’allégement de la journée de classe, favorable aux congés d’au moins deux semaines et au principe des grandes vacances. Il note aussi l’importance d’une bonne répartition des coupures dans la journée. « L’idéal serait d’avoir plusieurs pauses mobiles dans le primaire, réparties selon les séquences d’enseignement. Elles sont encore plus nécessaires pour les jeunes en difficulté scolaire ou qui souffrent de déficience intellectuelle. Car ce sont eux qui présentent les variations journalières et hebdomadaires de vigilance et de performance les plus marquées. » Les moments propices aux apprentissages restent, pour tous, la fin de matinée et, selon l’âge, le milieu d’après-midi. Faire la sieste peut aussi diminuer certains troubles du comportement.

Les pauses favorisent l’apprentissage

Une expérience menée auprès de jeunes de sections d’enseignement général et professionnel adapté (Segpa) a permis de constater l’importance des ruptures. « Ceux qui venaient de passer la journée en atelier (menuiserie, ferronnerie, couture…) obtenaient de meilleurs résultats à des épreuves d’additions et de vigilance que ceux qui continuaient à suivre l’enseignement classique (général et professionnel) ou juste général. » Car les exercices demandés faisaient ici office de pause dans le travail manuel. Les élèves étaient du coup plus disponibles, plus attentifs pour les réaliser.

Les pauses favorisent l’attention et la récupération

L’aménagement des pauses dans la rééducation de l’enfant handicapé répond également à nombre d’autres critères. La maman de Claire, 11 ans, estime que la coupure des vacances est essentielle pour sa fille polyhandicapée. Elle lui permet de récupérer d’une rééducation assez intensive. « En congé, Claire reste enthousiaste plus longtemps dans ses activités. Son temps d’attention est plus long, car elle est moins fatiguée. Même si, au bout d’un mois, elle a besoin de retrouver la stimulation de l’IME. » La pause pour souffler est d’autant plus importante si la rééducation se montre douloureuse et fatigante, ou si le jeune affiche un ras-le-bol qui ne lui fait plus investir correctement les séances. Les professionnels constatent qu’un petit arrêt permet souvent une reprise dans de meilleures conditions et un progrès plus rapide par la suite.

Les pauses pour prendre le temps d’assimiler

La rupture peut se révéler indispensable, surtout pour les parents… Il ne faut pas, alors, qu’elle soit dommageable pour l’enfant. Inversement, le refus des pauses dans la rééducation par la famille relève parfois de la crainte excessive d’une stagnation ou d’une régression. « Nous pensions, à tort, que plus Romain allait faire de la psychomotricité, plus il allait récupérer rapidement », se souvient son père. Or, le travail mûrit chez l’enfant qui doit avoir le temps, entre les séances, d’assimiler ce qui a été fait.

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La pause est d’autant plus importante si la rééducation est douloureuse et fatigante. ©iStock

Les pauses pour assimiler et aller vers l’autonomie

D’où l’importance, aussi, de “pauses paliers”. « En psychomotricité notamment, on arrête souvent un temps la rééducation à l’âge du CP ou lorsque certaines étapes, comme la marche, ont été franchies. Cela permet à l’enfant d’évoluer par lui-même, de “digérer” ses acquis. C’est essentiel pour le rendre autonome », souligne le psychomotricien Christian Roudon. Cela peut également permettre d’entamer sereinement un autre type de prise en charge. En établissement, ne prétend-on pas parfois que la pause est importante… parce que l’institution ferme un mois, ou qu’il n’y a plus de professionnel disponible pour assurer la rééducation ?

La pause des grandes vacances est souvent bénéfique

« La plupart du temps, la pause des grandes vacances n’est pas mauvaise pour l’enfant, rassure le kinésithérapeute Francis Reynard. Mais il faut qu’elle s’intègre dans un projet défini qui permet de s’interroger sur la pertinence de continuer une rééducation familiale à domicile, pendant les congés, ou de faire appel à des rééducateurs extérieurs si ce n’est pas le moment de faire une pause. » Dans les cas de fragilités psychiques ou de troubles du comportement, la permanence du soin (psychothérapie, travail sur le corps…) sera généralement indispensable. Si l’enfant apprend à marcher, si ses articulations se raidissent ou s’il a de gros problèmes respiratoires, il ne sera pas plus judicieux d’arrêter la kiné pendant un mois de vacances. Les enfants polyhandicapés ou IMC ont souvent besoin d’une stimulation motrice, sans grande interruption, durant les trois premières années de vie. Chez des enfants sourds, la communication doit être développée tout au long de la petite enfance. « Il faut en général proscrire les longues ruptures quand l’enfant est petit, sous peine de régressions », note Jacqueline Fortin, ancienne responsable d’un Camsp pour jeunes déficients auditifs. Même dans ces cas-là, les pauses courtes qui permettent à l’enfant de mieux intégrer le travail effectué restent importantes.

Les pauses pour une prise de conscience majeure

Il peut aussi être parfois judicieux d’arrêter la rééducation… justement parce que c’est contre-indiqué. « Beaucoup de jeunes atteints de maladies neuromusculaires pensent, à tort, que leur rééducation contraignante est inutile, car ils ne voient pas d’amélioration de leur état de santé. Accéder à leur demande et la suspendre quelques jours, pour qu’ils constatent la raideur et les douleurs que cela occasionne, peut amener une vraie prise de conscience et finalement se révéler bénéfique », remarque Jacques Paulus, de l’Association française contre les myopathies (AFM-Téléthon).

La pause s’impose dans la rééducation intensive

Rares sont les cas où une pause d’un jour ou deux n’est pas envisageable. L’essentiel est de définir pourquoi et quand elle sera positive ou dangereuse, professionnels et parents ensemble. « Je me souviens d’une famille qui n’avait pas mis le corset à son enfant pendant les vacances : il a pris vingt degrés de scoliose en cinq semaines. Bien sûr, cela ne veut pas dire qu’il faudrait étirer un jeune vingt-quatre heures sur vingt-quatre parce que c’est la meilleure chose à faire d’un point de vue clinique ! », raconte Jacques Paulus. La qualité de vie de l’enfant, sa capacité à accepter les contraintes, qui peut varier selon les moments, entrent là en ligne de compte dans les décisions à prendre avec lui. « Romain a beaucoup progressé en kiné intensive, souligne son père. Mais c’était sur une courte période. Une méthode comme le patterning (basée sur la sur-stimulation du cerveau) est épuisante pour les petits. » Et les résultats ne sont pas garantis. Si une rééducation intensive, sur un temps bref, est parfois bénéfique, notamment chez le jeune enfant, elle trouve ses limites : la pause s’impose rapidement.