De nombreux jeunes handicapés moteurs acceptent moins facilement la rééducation à l’adolescence. Il faut alors négocier en souplesse, entre liberté et efficacité. Panorama de tous les (bons) moyens pour lui redonner l’envie de pratiquer les activités rééducation physique.

Faut-il s’inquiéter de la révolte d’un adolescent ?

L’opposition de l’adolescent est normale, à un âge où naît le désir d’autonomie et de rupture avec ce qui est établi. Plus le handicap moteur ou physique est lourd, plus s’opposer aux activités de rééducation se révèle un moyen d’exister et de s’inscrire dans cette rupture. C’est alors l’occasion de faire le point sur la signification de la rééducation. Passer outre une opposition active ou ne pas vouloir voir une opposition passive diminue l’efficacité des soins de rééducation. Il faut savoir écouter le ras-le-bol et négocier le meilleur compromis possible entre ne pas céder et tout lâcher.

Comment argumenter le programme de réadaptation physique ?

Ne vous adressez plus à votre ado comme à un enfant. Il a des objectifs, des priorités, des aspirations qui lui sont propres. Réajustez, renégociez et modulez la rééducation en fonction de ces changements. S’il n’adhère pas au programme de réadaptation physique, s’il n’en a pas compris concrètement l’intérêt, rien ne sert de le lui imposer.

Il faut argumenter et le convaincre. « Quel est aujourd’hui le but de telle ou telle rééducation ? Quel bénéfice vas-tu retirer de tel travail ? Tu veux aller jouer au foot avec les autres ? Voilà en quoi tel exercice de renforcement musculaire va t’aider à y arriver. Tu refuses le fauteuil et préfères les béquilles pour être debout comme les copains ? As-tu réalisé ce que le fauteuil te permettra de faire comme eux ? As-tu fait le bilan de ce que les béquilles ne t’autorisent pas ? »

Lui donner plus de responsabilités de la rééducation ?

Oui. La responsabilisation de l’adolescent est indispensable, même si elle peut paradoxalement lui faire peur, car elle l’oblige à poser les choses clairement par rapport à son avenir. Il faut tenter de lui donner tous les moyens d’augmenter la maîtrise qu’il a de sa vie. Lui laisser l’initiative de faire tel ou tel exercice à tel moment donné, sans surveillance de l’adulte, par exemple.

Mais cela n’aura de sens que si le jeune est prêt à s’autoévaluer. Un moyen efficace de l’impliquer peut être de réaliser un tableau où lui et ses proches indiqueront chacun comment ils évaluent ses progrès. L’intérêt est de choisir des domaines qui lui tiennent à cœur : « Peux-tu te rendre seul à tel ou tel endroit ? », etc.

Faut-il modifier la technique de rééducation physique employée ?

Il faut y penser. Certains guidages par les mains sont bien acceptés par l’enfant, moins par les ados, qui les trouvent trop intrusifs. Dans ce cas, le thérapeute préférera utiliser du matériel (vélo, barres…) dès l’âge de 13 ou 14 ans. L’adolescence peut aussi être l’occasion de privilégier des séances psychomotricité de groupe (cours collectifs avec d’autres jeunes), par exemple.

C’est parfois le moment de changer complètement de type de rééducation pendant un temps, pour permettre au jeune de se construire une image plus positive de lui-même. Par exemple, pour certains, des séances de gym ou de psychomotricité se révéleront temporairement plus efficaces que la kiné. Négocier un changement de rééducateur permet également à l’adolescent handicapé moteur de se remotiver.

La rééducation physique doit parfois s'adapter en fonction de l'évolution de l'adolescent © iStock

Et le port des appareillages en rééducation?

Dire à l'adolescence qui le port d'un appareillage en rééducation n’est pas négociable, c’est l’exclure de la discussion et risquer de le voir s’en débarrasser dès que vous aurez le dos tourné… « Il faut au moins pouvoir négocier sur le temps où les appareillages seront portés. Sinon, l’ado aura le sentiment de ne faire que subir », souligne Christian Roudon, psychomotricien. On peut aussi conclure des pactes : « Ton corset t’embête pour jouer à la Playstation ? Ok, enlève-le, mais pas plus d’une heure. » Autres exemples : ne pas porter ses attelles au lit ou, au contraire, ne mettre les appareillages que la nuit. L’important est que l’ado et ses parents soient informés des conséquences physiques possibles et, à l’inverse, de ce que l’on peut espérer de l’appareillage. Il vaut mieux ne pas oublier les chaussures orthopédiques dans un coin juste « parce qu’elles sont moches »…

Si l’adolescent ne supporte vraiment plus un appareillage, il va falloir trouver un compromis et lui apprendre à assumer sa liberté. Le dialogue permet de mieux comprendre ce qui ne va pas : « Tu as trop chaud avec les attelles ? Trouvons ensemble une solution. Si tu as mal, il est peut-être possible de voir avec les professionnels comment diminuer ta douleur ou ton inconfort. »

Est-il bénéfique de négocier de vraies pauses de rééducation ?

Pas dans n'importe quelles conditions, et seulement pour le pourquoi. Parfois, l'arrêt d'un appareillage ou d'une rééducation, en accord avec le professionnel, de l'analyseur aux conséquences. Sur teste trois mois sans attelles la nuit, et sur avise: faudra-t-il les remettre ou risquer l'intervention chirurgicale?

Accorder une pause à un adolescent handicapé qui en fait la demande, c'est aussi lui laisser expérimenter le refus. «Tu ne veux plus voir de rééducateurs jusqu'à Noël? On verra comment tu ressens cet arrêt: c'est-ce que tu comme l'impression de régresser, est-ce que des douleurs apparaissent? »Il ne faut pas oublier que la finalité de toute rééducation est d'améliorer la qualité de vie. Et qu'un adolescent au droit d'avoir sur ce point son propre avis,