Si nombre de jeunes femmes handicapées peuvent prendre la pilule contraceptive, son utilisation n’est pas pour autant aisée ni sans risque. Et votre fille aura certainement besoin d’une aide discrète pour choisir la pilule qui lui convient et gérer les retards ou les oublis de pilule.

Comment prendre la pilule ?

La pilule est très efficace en théorie. Elle a aussi l’avantage d’atténuer, souvent, le syndrome prémenstruel et les règles douloureuses ou abondantes – même si elle ne fait pas, bien entendu, barrière au sida ou à l’hépatite B. Ce mode de contraception de la femme a cependant un inconvénient majeur, puisque le fait de l’oublier ou de la vomir est responsable, chaque année, de nombreuses grossesses non désirées. Si votre fille handicapée l’utilise, il est important qu’elle soit bien renseignée sur certaines règles de base. Lorsque la pilule est vomie moins de deux heures après la prise, il faut prendre un autre comprimé. Si elle a été oubliée et qu’un rapport sexuel a eu lieu, la pilule du lendemain (en vente, libre en pharmacie) est la meilleure solution pour éviter une grossesse. Ritualiser la prise de la pilule est le moyen le plus sûr pour aider votre fille à ne pas l’oublier : avant de se brosser les dents ou au lever, peu importe, mais toujours au même moment de la journée. Si elle provoque des nausées, mieux vaut la prendre pendant les repas. Respecter une heure fixe est surtout important dans le cas d’une contraception par pilule progestative, car l’efficacité de celle-ci n’est que de vingt-sept heures.

Que faire en cas d'oubli de pilule ?

Apprendre à gérer le retard dans la prise de pilule est essentiel, mais parfois compliqué pour une jeune fille déficiente mentale. Veillez à ce qu’elle sache qu’au-delà de sept jours sans pilule combinée, il y a un risque d’ovulation. Les oublis de pilule avant et après les périodes d’arrêt sont donc ceux qui entraînent le plus facilement une grossesse. En cas d’oubli de la pilule contraceptive plus de 12h pour la prise d’un des sept premiers comprimés d’une plaquette de pilule combinée à prendre sur vingt et un jours, mieux vaut utiliser un contraceptif supplémentaire (préservatif, par exemple) durant la semaine qui suit. Dans le cas d’une pilule progestative, un oubli de plus de trois heures peut s’accompagner d’un risque de grossesse. Il faut donc recourir à une contraception d’urgence si un rapport sexuel a eu lieu dans les deux jours après l’oubli et utiliser des préservatifs pendant la semaine qui suit.

Comment choisir la pilule contraceptive ?

Les pilules combinées oestroprogestatives contiennent deux hormones (oestrogène et progestatif) ; les pilules progestatives, une seule. Les premières ont l’avantage d’être les plus fiables, car elles bloquent mieux l’ovulation. Si votre fille a tendance à être distraite, mieux vaut choisir les pilules combinées qui se prennent tous les jours de l’année, comme les progestatives : sans interruption, il est plus facile de ne pas oublier la prise du comprimé.

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Différents types de pilule existent @Istock

Pilule Progestative ou combinée ?

La pilule combinée minidosée qui comprend 30 à 40 microgrammes d’œstrogène est en général la mieux adaptée aux jeunes femmes. De même, si elles sont bien tolérées, la pilule monophasique (quantité d’hormones fixe) est souvent plus efficace.

La pilule progestative, dite aussi micropilule progestative, est plus contraignantes : certaines ne tolèrent qu’un très court retard de la prise - 3 à 12 heures maximum selon la pilule. En revanche, il n’y a que très peu de contre-indications liées à leur utilisation. Elles peuvent donc intéresser les femmes auxquelles une pilule combinée est interdite pour raisons médicales. De même, les effets secondaires gênants associés sont moins fréquents qu’avec la pilule combinée. Certaines accentuent l’acné ou la diminuent, engendrent ou soulagent une tension des seins, provoquent nausées et maux de tête ou, à l’inverse, allègent les migraines. Il faut parfois en essayer plusieurs avant de trouver celle qui convient. Des saignements intempestifs trop embarrassants peuvent notamment imposer un changement de pilule.

Contre indications pilule combinée et progestative

Une pilule combinée ne peut pas être prescrite s’il existe des antécédents personnels ou familiaux de problèmes vasculaires importants et de troubles de la coagulation, en raison des complications vasculaires (phlébites, etc.) que les oestrogènes peuvent entraîner. Elle est également déconseillée en cas de migraines fréquentes et intenses, de diabète élevé, d’obésité, de fort cholestérol, d’hypertension, comme aux femmes qui souffrent d’un handicap moteur ou qui se retrouvent alitées quelque temps. De plus, il faut interrompre la prise deux semaines avant une opération des membres inférieurs. La pilule progestative est, elle, possible dans tous ces cas. Seules quelques pathologies rares (artérites étendues, porphyries aiguës, maladie trophoblastique) peuvent en interdire l’utilisation, de même qu’une atteinte grave du foie.

 

Témoignage : le choix obligé de la pilule progestative

Marie est la mère de Clotilde, 23 ans, trisomique 21.

« Clotilde souffre d’une cardiopathie et porte une prothèse cardiaque. Elle doit prendre un anticoagulant quotidiennement. Elle est aussi sous pilule depuis trois ans, puisqu’on a su qu’elle avait un petit copain. Nous avons déjà abordé le sujet de la contraception avec elle, car nous pensons qu’il serait mieux qu’elle n’ait pas d’enfant. Clotilde est d’accord, elle trouve donc tout à fait logique de prendre la pilule contraceptive. Je la fais suivre par ma gynéco. En raison de ses lourds problèmes de santé, nous n’avons pas vraiment eu le choix : ma fille prend une pilule progestative tous les jours de l’année. Je constate qu’elle est beaucoup moins fatiguée que quand elle avait ses règles. Aidée d’une montre alarme, Clotilde gère très bien la prise au quotidien, tous les soirs à 19 heures, en même temps que son anticoagulant. Ma gynéco nous a conseillé l’implant, mais je ne l’estime pas nécessaire tant que ma fille se débrouille comme cela. »

Avis d’expert : les alternatives à la pilule

Marina Carrère d’Encausse est médecin et coauteur d’un livre sur la contraception.

« Les jeunes femmes sont encore trop mal informées par le corps médical des différentes solutions contraceptives existantes. Beaucoup ne savent pas non plus qu’elles peuvent être enceintes tout en ayant leurs règles. Et elles ont souvent une méconnaissance dramatique de ce qu’il faut faire après un oubli ou le vomissement de la pilule. En cas de handicap mental, la prise d’une pilule contraceptive pose avec acuité la question de ces deux risques, avec l’échec contraceptif que cela peut entraîner. Le choix de l'implant contraceptif progestatif peut alors être une solution intéressante. Il s’agit d’un bâtonnet, plus petit qu’une allumette, qui se glisse sous la peau du bras. Le progestatif qu’il contient est régulièrement libéré en faibles quantités. La sécurité du procédé est quasi totale, et sa durée d’efficacité d’environ trois ans. De plus, c’est un mode de contraception totalement réversible : la fertilité revient quelques semaines après son retrait. Les patchs et les anneaux contraceptifs, nouvellement commercialisés en France (et non remboursés), me semblent moins pratiques. L’anneau peut être difficile à placer au fond du vagin, et le timbre se décoller de la peau. Un dispositif intra-utérin (stérilet) est efficace plusieurs années sans avoir à y penser, mais il faut le contrôler régulièrement. »