Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’observance thérapeutique – fait pour le malade de suivre correctement les prescriptions médicales – ne va pas de soi. Une attitude irrationnelle qui a de quoi inquiéter, irriter ou déstabiliser le conjoint.

« Je suis malade, mais je me soigne » ? Pas si simple. Selon un rapport de 2014 réalisé par la Fondation Concorde sur l’observance des traitements, seul un patient sur deux suit son traitement dans la durée. « C’est extrêmement fréquent de ne pas être observant, confirme le docteur Gérard Reach, diabétologue et auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet. Même en cas de maladie gravissime. Par exemple, après une transplantation cardiaque, des patients rejettent leur greffon car ils n’ont pas pris leurs médicaments ; d’autres ont subi un glaucome mais ne mettent leurs gouttes dans l’autre œil. Il y a une profonde irrationalité dans le comportement des gens. »

Le droit au refus de soins : la liberté de décider

Bien sûr, il y a les oublis involontaires ou liés à une incompréhension du traitement, qui peuvent assez facilement être réparés. Mais certains malades boudent volontairement leur médication. Face au refus de traitement médical, le conjoint s’interroge : doit-il relayer le médecin et l’enjoindre à prendre ses comprimés ou le laisser décider ce qui, après tout, est son affaire ?

« Tout le monde – médecins, pouvoirs publics, industrie pharmaceutique – pense qu’il faut améliorer l’observance thérapeutique. Mais et la liberté des gens ? Il y a là conflit entre deux principes éthiques : le principe de bienfaisance et le principe d’autonomie. A partir du moment où le malade est capable de raisonner, c’est à lui de décider. » Une liberté d’ailleurs inscrite dans la loi de 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé.

La non observance des traitements, un phénomène naturel

Ce qui ne veut pas dire que le conjoint doive abandonner l’autre à son attitude potentiellement dangereuse sans rien faire. « Il faut se demander pourquoi la personne refuse de suivre son traitement et en discuter avec elle, conseille le docteur Reach. La non observance du traitement est un phénomène naturel. C’est horriblement ennuyeux de prendre des médicaments. Il s’agit d’éviter des complications lointaines : le geste est concret alors que l’intérêt est abstrait. Ca vous gâche la vie et ça vous rappelle que vous êtes malade. » Le refus du traitement imposé peut également être une manière de sauvegarder un espace de liberté – ce que l’on appelle le phénomène de réactance.

Comment faire pour convaincre de se soigner ?

En prendre conscience permet déjà au conjoint de tenter de comprendre, sans juger ni blâmer. Non seulement par respect pour son entêtée moitié, mais aussi parce qu’user d’une attitude négative – convoquer l’autorité, brandir les risques comme un épouvantail, culpabiliser le malade, lui faire du chantage ou tenter de le manipuler – s’avère tout-à-fait contre-productif. « Les gens se braquent souvent quand on les force, continue le diabétologue. Plutôt que d’utiliser l’argument « Le docteur a dit », mieux vaut amener l’autre à confronter ses raisons à celles de quelqu’un d’autre – le médecin ou le conjoint. » Demandez-lui simplement de réfléchir à la possibilité de faire ce qu’il faut pour sa santé, tout en lui assurant que vous acceptez l’idée qu’il campe sur ses positions.

Changer d’avis et suivre le traitement par amour

Pour mieux persuader le récalcitrant, Gérard Reach conseille de faire appel à « la notion d’amour ». Et de relater une édifiante anecdote personnelle, citée dans son livre Une théorie du soin. L’une de ses patientes, très âgée, refusait l’insuline qu’il lui suggérait consultation après consultation. « J’étais navré à chaque fois. Un jour, elle a fait une insuffisance rénale et je lui ai dit que je me faisais vraiment du souci pour elle. Je lui ai expliqué pourquoi. Elle est revenue quinze jours après pour me dire « J’ai vu que vous étiez inquiet, ça m’a fait changer d’avis ». J’ai compris beaucoup de choses avec cette dame. Le souci, c’est le soin, mais c’est aussi l’amour. Si vous montrez que vous vous faites du souci parce que vous l’aimez, l’autre vous fera confiance. Et acceptera peut-être de changer d’avis. »

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