Avec l’âge, le nombre de médicaments par ordonnance pris chaque jour augmente sensiblement. Sont-ils tous indispensables ? Petite revue des molécules pas toujours essentielles – voire contre-indiquées – que l’on pourrait peut-être laisser au placard.

Devant une ordonnance parfois bien longue (les personnes âgées prennent en moyenne sept à dix médicaments par jour), une question peut se poser : tout cela est-il vraiment utile ? La prise de médicaments n’étant pas anodine (les effets secondaires et accidents médicamenteux sont bien réels), n’y a-t-il pas moyen de faire le ménage dans l’armoire à pharmacie ? Trop de médicaments, que faire ? Bien entendu, si le patient souffre d’une pathologie grave et/ou chronique – cancer, diabète, hypertension, maladie cardiaque, problème de thyroïde, etc. –, le traitement est obligatoire. Mais certains médicaments pourraient être écartés, à la fois parce que leur intérêt n’est pas essentiel et parce qu’ils multiplient les risques pour la santé des personnes âgées

Les anxiolytiques et somnifères trop souvent prescrits

« Certains médicaments sont des placebo que l’on pourrait tout-à-fait oublier, estime ainsi Jean-Luc Mamou, médecin généraliste et coordonnateur à l’association gériatrique de l’est parisien (AGEP). Les médicaments pour la circulation sanguine par exemple, des tranquillisants qui étaient valables par le passé mais ne le sont plus, des médicaments pour l’estomac qu’on a pris un temps en association avec un traitement pour ne pas avoir mal et que l’on garde pour être plus à l’aise… »

Anxiolytiques et somnifères notamment restent ainsi très souvent demandés, même si, selon Jean-Luc Mamou, « on en prescrit beaucoup moins aux personnes âgées aujourd’hui : on s’est rendu compte qu’ils pouvaient entraîner des complications et provoquaient un effet contraire dans certaines pathologies. » Il est donc nécessaire de s’interroger : le malade souffre-t-il réellement d’insomnie ou s’agit-il de troubles d’un sommeil qui se modifie avec l’âge (plus court, plus fractionné) ? Les manifestations anxieuses exigent-elles un traitement médicamenteux ou peuvent-elles être apaisées plus naturellement ? Ne négligez pas de réfléchir avec le médecin à une autre solution (passiflore, valériane, escholtzia…) qui pourrait être mise en place après arrêt progressif du médicament, éventuellement accompagnée d’une prise en charge psychologique. 

Mettre des médicaments à la poubelle
Certains médicaments sont très demandés par les personnes vieillissantes ©Istock

Prescription des antalgiques et anti-inflammatoires : attention !

Les antalgiques figurent également parmi les médicaments les plus couramment prescrits, par exemple pour soulager un dos douloureux. Là encore, s’il ne s’agit pas d’un véritable problème de santé qui perdure, peut-être faut-il songer à s’en séparer, car les effets secondaires restent importants. « Attention à certains antalgiques comme le Tramadol, avertit Benoît de Wazières, chef du service gériatrique du CHU de Nîmes. C’est un médicament qui donne des nausées, des hallucinations : à 80 ans, ça ne se passe pas aussi bien qu’à 50… Les anti-inflammatoires sont également contre-indiqués chez les personnes âgées, dont les reins ne fonctionnent plus aussi bien qu’avant, et incompatibles si le patient prend certains médicaments contre l’hypertension (diurétiques, médicaments agissant sur l’angiotensine, etc.). »

Cholestérol et acide urique : ça dépend

Egalement très consommées, les statines – utilisées pour abaisser le taux de LDL-cholestérol – ne sont pas toujours recommandées chez un patient âgé et polymédicamenté. « C’est très discutable de traiter l’hypercholestérolémie après 80 ans, car on a très peu de données scientifiques, continue le professeur de Wazières. En prévention primaire (en amont de la maladie), on ne la traite pas. Et en prévention secondaire (après avoir fait un accident cardiaque ou un AVC, par exemple), cela dépend de la durée de vie du patient. Il ne faut pas vouloir tout traiter et choisir alors des petites doses parmi les médicaments les plus anciens et les mieux validés (pravastatine ou simvastatine). »

Même chose en cas de taux élevé d’acide urique : « S’il n’y a pas de manifestations cliniques (crise de goutte ou calculs rénaux), il n’est pas nécessaire de traiter l’hyper-uricémie », affirme ainsi Jean-Luc Mamou.

De manière générale, le patient doit éviter l’automédication et pouvoir s’entretenir régulièrement avec son médecin pour réévaluer son ordonnance en fonction de l’évolution de son état de santé et s’assurer de ne garder que les médicaments qui améliorent véritablement sa qualité de vie. Il ne faut  pas hésiter à l’interroger (ou le pharmacien, qui contrôle également l’ordonnance) si les prescriptions s’allongent et bien lire les notices afin de repérer les éventuelles interactions entre les médicaments.

Enfin, lorsque le malade doit consulter plusieurs spécialistes, il est essentiel qu’il soit suivi par un médecin traitant qui centralisera tous les soins et vérifiera que les différentes ordonnances ne s’opposent ni ne se superposent.

 

Remerciements : 

Merci à Jean-Luc Mamou, médecin généraliste et coordonnateur à l’association gériatrique de l’est parisien (AGEP), et à Benoît de Wazières, chef du service gériatrique du CHU de Nîmes.